“Les V.I.E, de jeunes talents pour les Pme”

LorenzoCornuault
Lorenzo Cornuault
Pour Lorenzo Cornuault, directeur du dispositif chez Ubifrance, le Volontariat International en Entreprise (V.I.E) ne doit pas être (seulement) associé à une solution RH peu onéreuse. Il s’agit surtout d’une compétence stratégique sur lesquelles les entreprises peuvent bâtir leur avenir à l’international. Les grands groupes l’ont fort bien compris. Aux Pme de séduire ce vivier de jeunes talents.


« Le V.I.E, ce n’est pas juste une solution RH pas chère ! » annonce d’emblée Lorenzo Cornuault, directeur V.I.E chez Ubifrance, histoire de tordre le coup (ou le coût) à une idée reçue qui colle à la peau de ce dispositif unique à la France.

Parfois caricaturée comme une solution de recrutement “low cost”, le V.I.E « ne doit pas être appréhendée dans cette seule dimension économique », selon le responsable du dispositif.

 « Il s’agit d’une bonne solution de ressources humaines, ce n’est pas pour autant une solution miracle ! Recruter un V.I.E n’est peut-être pas toujours utile, notamment sur certaines destinations à bas salaires où un recrutement local peut parfaitement faire l’affaire. Il doit s’intégrer dans une politique générale de développement international de l’entreprise ». Même si l’attention des chefs d’entreprise est souvent focalisée sur le coût de cette formule, celui-ci doit s’appréhender dans une stratégie globale de prospection et d’ancrage sur un marché cible.

« Le coût du V.I.E n’est qu’une des données du coût global de l’approche marché : frais d’études, de participation à des salons, de qualification de prospects, de recrutement d’agents et de distributeurs et de création de filiale… ». Pour L. Cornuault, la principale vertu du dispositif est de permettre aux entreprises de recruter leurs cadres de demain.
La preuve, plusieurs entreprises du CAC 40 (GDF Suez, PSA, Areva, L’Oreal, Total…) utilisent le V.I.E pour détecter, tester et recruter leurs nouveaux talents.

Aux Pme de se rendre séduisantes envers les jeunes candidats


« Elles ont compris que le V.I.E était un bon plan. Beaucoup l’intègrent dans leur parcours premium de recrutement ». Le V.I.E permet donc aux grands comptes de recruter les meilleurs profils. Et pourquoi ce qui est possible pour un grand groupe ne le serait-il pas pour une Pme ? « Le V.I.E, c’est aussi et surtout pour les petites et moyennes entreprises » assène le “Mr V.I.E” chez Ubifrance. « Elles aussi peuvent attirer les meilleurs, ceux qui seront demain leurs bras armés à l’étranger, leurs responsables export, voire leurs futurs associés ».

Certes, les Pme et Tpe sont financièrement moins bien armées que les grands groupes pour attirer les meilleurs talents. « Elles n’ont pas forcément l’image de marque d’une grande entreprise qui valorise un C.V aux yeux des recruteurs. Mais elles peuvent se rendre “séduisantes” en proposant aux jeunes diplômés de vrais challenges, avec un bon dosage entre les responsabilités qu’elles souhaitent leur confier et le niveau d’encadrement ou de coaching qu’elles mettront en place. A elles d’offrir au jeune la possibilité de s’intégrer dans une vraie stratégie de positionnement sur le marché visé à moyen ou long terme ». Et lorsque le jeune technico-commercial a fait ses preuves, « charge à l’entreprise de faire les efforts nécessaires pour le conserver ! »

1 000 Pme ont recours aux V.I.E


Actuellement(1), environ 1 000 Pme sur un total de 1 556 entreprises ont recours au dispositif, elles représentent environ un tiers des jeunes en mission.

Comment faire plus ? Comment rendre le dispositif plus attractif pour ces entreprises ? Consciente de la situation, la secrétaire d’Etat au Commerce Extérieur, Anne-Marie Idrac, à qui le V.I.E tient particulièrement à cœur, a annoncé en 2009, de nouvelles mesures censées rendre le dispositif plus attractif pour ces forces vives créatrices de valeur ajoutée et d’emplois. La réduction de la caution versée par l’entreprise à 4 200 euros et son remboursement anticipé vise à soulager les trésoreries. Avant le début de chaque mission, l’entreprise s’acquitte d’une somme forfaitaire à Ubifrance comprenant l’équivalent de deux mois d’indemnité, des frais de gestion et de protection sociale et d’une caution qui sert notamment à assurer le rapatriement du V.I.E en cas de défaillance financière de l’entreprise au cours de la mission.

De nouvelles mesures pour soulager les trésoreries


« Avant le 1er janvier 2009, cette caution était fixée à 3,5 fois l’indemnité mensuelle et pouvait atteindre jusqu’à 12 000 euros »
détaille L. Cornuault, « le plafonnement à 4 200 euros ainsi que le remboursement anticipé avant la fin de la mission(1), donne de la souplesse aux trésoreries ». Ce qui n’est pas pour déplaire aux chefs d’entreprise !

Autre mesure destinée à soulager les finances, l’affectation au 1er janvier 2009 du V.I.E dans le quota des contrats d’apprentissage. Cette mesure concerne les entreprises de plus de 250 salariés, soumises à l’obligation légale de disposer au minimum de 3% de leur effectif moyen sous contrat d’apprentissage ou de professionnalisation. Celles qui ne remplissent pas cette obligation (et elles sont nombreuses !) se voient pénalisées d’une taxe équivalente à 0,1% de leur masse salariale. Plutôt que de garnir les caisses du Trésor public, elles peuvent désormais miser plus facilement sur le V.I.E. Enfin, pour faciliter les premières démarches des “primo-exportateurs”, l’Etat français a décidé de recruter lui-même de jeunes commerciaux.

Ainsi, depuis quelques mois, une dizaine de “V.I Primo Pass”, sous contrat avec Ubifrance, sont hébergés dans une dizaine d’Ambassades (Rio, Prague, Tokyo, Shanghai, Moscou, Tunis…) et effectuent des missions (relevés de prix, études de marchés…) à la journée qui sont facturées demi tarif aux nouveaux exportateurs. Le marché du V.I.E suit celui de l’emploi : depuis 24 mois, la crise a gelé les embauches. Mais la demande semble repartir. « Nous ambitionnons de faire + 15 % de mission d’ici à la fin de l’année » affirme Lorenzo Cornuault. Aujourd’hui, le CAC 40 est consommateur à 60% du V.I.E. Aux Pme de jouer !

S.Etaix